Coupe de France : l'AS Cannes de retour, 33 ans après
C'est la belle histoire de la saison en Coupe de France, le club azuréen va rejouer une demi-finale ! Un sacré exploit pour le club de National 2 qui fait office de Petit Poucet version 2024-2025, qui n'avait plus atteint ce stade de la compétition depuis la saison 1991-1992.
Deux clubs historiques vont se retrouver en demi-finale de Coupe de France ce soir. L'AS Cannes et le Stade de Reims ont en effet marqué le foot français au fer rouge (et blanc), chacun à leur façon : l'un par sa domination dans les années 50, l'autre par les joueurs mythiques qui y ont été formés à la fin des années 1980 et au début des années 90 et qui ont fait rayonner la nation sur la scène internationale, au premier rang desquels on retrouve un certain Zinedine Zidane.
Le début des années 90, c'est justement à cette époque qu'il faut remonter pour trouver la trace d'une dernière participation du club cannois dans le dernier carré de la Coupe de France. Le match de ce soir est l'occasion de se replonger dans cette folle saison 1991-1992 qui a malheureusement marqué le début de la fin pour le club azuréen, qui fait aujourd'hui office de Petit Poucet, de retour en National 2 cette saison après avoir évolué en National 3 les six saisons précédentes.
Une équipe de coup(e)
En effet, la saison 1991-1992 a en même temps été le fruit de tous les espoirs et de toutes les désillusions. Quatrième de D1 lors de la saison précédente, l'AS Cannes a l'honneur de disputer la Coupe d'Europe pour la toute première fois de son histoire. En Coupe UEFA, la magnifique aventure s'arrête prématurément, car après la victoire en 32e de finale face aux Portugais de Salgueiros, un revers en 16e de finale aller face au Dynamo Moscou (0-1) scelle les espoirs de huitièmes des Dragons, malgré un match nul 1-1 au retour.
L'AS Cannes se rachète donc en Coupe de France en multipliant les bons coups, en s'imposant d'abord à Sète, modeste pensionnaire de D3 (1-2), puis en passant chaque tour à l'aide des prolongations. Les hommes de Boro Primorac puis d'Erick Monbaerts démontrent alors leur force de caractère en l'emportant à chaque fois sur le fil, grâce à deux buts de Franck Prioux et Franck Durix face à Angers (3-1), une égalisation à la dernière seconde d'Aljosa Asanovic face à Montpellier avant le but libérateur de Luis Fernandez à la 98e (2-1) et enfin une réalisation du buteur maison, François Oman-Biyik (92e) dans un quart de finale crispant face au Red Star de Safet Susic (et Steve Marlet) après l'expulsion de Luis Fernandez dès la 52e minute (1-0), un match joué sur terrain neutre (à Lyon, Stade Gerland) à cause d'un envahissement de terrain provoqué par un but refusé lors du tour précédent, face à Montpellier.
Il reste alors un exploit à réaliser, ce 28 avril 1992, à l'occasion d'une demi-finale à domicile face au voisin monégasque. L'AS Cannes est à deux doigts d'y parvenir en emmenant à nouveau l'ASM en prolongation. On parle là d'un grand Monaco, entraîné par Arsène Wenger et qui compte des "cracks" à tous les étages, de Lilian Thuram à Emmanuel Petit en passant par Youri Djorkaeff sans oublier le buteur George Weah ni le gardien Jean-Luc Ettori. Le portier à la moustache frétillante est d'ailleurs le héros de cette rencontre fermée dont l'ASM soirt finalement vainqueur aux tirs au but, 5 à 3.
La belle épopée en Coupe d'Europe et en Coupe de France finit toutefois par coûter très cher au club, sur le plan physique mais aussi comptable puisque les Cannois finissent l'exercice 1991-1992 à une 19e place synonyme de relégation. Même s'il y a encore eu deux belles saisons entre 1993 et 1995 sous les ordres de Luis Fernandez et Safet Susic, c'est malheureusement la fin des belles heures de l'AS Cannes, qui va progressivement plonger dans les bas fonds dès la fin des années 90.
Des joueurs emblématiques
Ce qui reste de ce parcours glorieux en Coupe de France qui fait écho à l'épopée des Cannois cette saison, c'est également la composition de son effectif. On y retrouve notamment Jean-Luc Sassus, décédé il y a bientôt dix ans, qui y a évolué de 1986 à 1992 avant de prendre la route du PSG et de l'Olympique Lyonnais, mais aussi l'emblématique Franck Durix, qui comptabilise plus de 200 matchs avec l'AS Cannes (1988-1995). L'attaquant Franck Priou a lui aussi été joueur emblématique de ces années et son passage à l'AS Cannes (1991-1995) a également marqué les esprits, ce dernier terminant notamment quatrième meilleur buteur de D1 avec 18 buts en 1993-1994, devant le Marseillais Sonny Anderson ou le Parisien David Ginola.
Avec le PSG, l'AS Cannes restera également le club de coeur de Luis Fernandez, qui a défendu ses couleurs de 1989 à 1993 avant d'en devenir l'entraîneur. Mi capitaine, mi grand frère au sein d'un jeune effectif, il a été le point de repère de ces quatre saisons bien remplies avec plus de 100 matchs au compteur. Parmi les jeunes joueurs de l'équipe, on comptait notamment David Bettoni, originaire de la banlieue lyonnaise comme lui, mais aussi le meilleur ami de ce dernier, un certain Zinedine Zidane qui effectuait cette année-là sa dernière saison à Cannes avant de prendre la direction de Bordeaux. Vingt ans plus tard, le duo Zidane-Bettoni s'est ainsi retrouvé sur le banc du Real Madrid avec le succès qu'on connaît, couronné de trois Ligues des Champions.
Déjà à l'époque, le milieu offensif de grande taille avait éclaboussé la concurrence de tout son talent, avec des gestes de génie qui laissaient augurer un avenir radieux. S'il n'avait pas spécialement brillé lors de l'aventure de l'AS Cannes en Coupe de France, ne prenant pas part à la demi-finale face à Monaco par exemple, il avait tout de même délivré deux passes décisives.
Le destin aurait pu l'envoyer à l'OM avec François Omam-Biyik, un joyau du football camerounais, mais le staff marseillais avait finalement renoncé, et ZZ s'était envolé vers les Girondins de Bordeaux. On connaît la suite ! Histoire moins connue, l'AS Cannes a également compté Alen Boksic dans ses rangs cette année-là. Mais le joyau croate n'a disputé qu'un seul match avec les Dragons, lors de la 24e journée face à Lyon. Jeune espoir en devenir lui aussi, il finira par éclore la saison suivante à l'OM, terminant meilleur buteur du championnat avec 22 buts, et en soulevant la Ligue des Champions avec le club olympien. Que de souvenirs qui laisseront place à une nouvelle histoire que les Cannois vont continuer d'écrire ce soir face aux Reimois.